Si les années 1970 sont consacrées dans l'histoire de la photographie comme le moment clé de la reconnaissance du médium, la période ouverte par l’après-guerre et jusqu’aux années 1960 est celle de la structuration d'un champ. Elle passe par une organisation de la photographie professionnelle, une visibilité auprès des institutions, une mise en réseaux à l’échelle internationale. Cette démarche est réalisée par des illustrateurs émanant d’un groupe de photographes professionnels : le Groupe des XV (1946-1958). Actifs dans le principal syndicat des photographes, la Confédération française de la photographie, ils défendent le métier, revendiquent un droit d’auteur et organisent un enseignement. Les XV mettent en place les Salons nationaux de la photographie à la Bibliothèque nationale et réfléchissent aux conditions d’exposition de la photographie en institution publique. Ils créent des échanges fructueux avec des groupements de photographes dans le monde, à travers les expositions et les revues. En étudiant ce groupe, il s’agit aussi de rendre compte d’une conception de la photographie. Pour eux, les frontières entre le travail et la création sont poreuses, les liens entre littérature et photographie sont revendiqués, l’émulation collective et le jeu sont source d’inspiration. La fin des XV induit la disparition de cette conception ouverte et donne lieu à deux voies : le beau tirage d’auteur de la photographie créative ou le photoreportage des agences. Faire l'histoire du Groupe des XV revient à proposer une microhistoire de la photographie dans ces années souterraines : omniprésents dans les différents réseaux du champ photographique (professionnels, amateurs, institutions, industries), en France et à l’international, ils s’organisent non seulement pour défendre leurs intérêts, mais aussi pour valoriser la photographie.