Ce projet de recherche porte sur les images photographiques de la ville d’Accra, mises en regard des processus d’indépendance, de réforme sociale et de construction nationale que connaît le Ghana entre les années 1950 et 1970. Capitale du premier pays d’Afrique subsaharienne à accéder à son indépendance en 1957, sous l’impulsion de Kwame Nkrumah, Accra devient aussi le nouvel épicentre continental du panafricanisme. Elle offre donc à l’utopie de la libération africaine sa surface d’inscription la plus visible, regardée tant à l’échelle locale qu’internationale.
Les images de la ville répondent à une certaine conflictualité de points de vue que ce projet de recherche se donne pour ambition de cartographier. À l’imagerie normative produite par le nouvel État-nation, adossée aux plans d’urbanisme, à la monumentalisation de la capitale et à l’architecture moderniste, répond l’iconographie arpenteuse des photographes privés, qui pratiquent la ville à l’échelle de leur quartier. Ceux-ci produisent de la ville leurs propres imaginaires, archivant ses états transitoires et inventant un paysage tissé de leurs géographies affectives. Sous l’ère Nkrumah (1957-1966), Accra attire aussi à elle de nombreux regards venus de l’extérieur, dont les récits visuels trahissent les attentes mais aussi, parfois, les désillusions vis-à-vis de cette ville foyer d’une révolution politique.
En croisant ces perspectives, il s’agit de comprendre quels régimes de visibilité s’inventent pour donner forme à la ville comme support d’une utopie politique. Ce projet s’appuiera pour cela sur une étude iconographique des images de photographes ghanéens ou internationaux (James Barnor, Willis E. Bell, Konrad Helbig, Richard Wright), mais aussi des mises en forme éditoriales de la ville, par le support des plans d’urbanisme, des magazines et livres photographiques, ou bien encore des cartes postales.